Bastide aiguier

La Bastide d'Aiguier – Lou Castèu

 

Cette bastide, ferme devenue bastide d'agrément que Don Bosco, visiteur illustre, qualifie de "maison de campagne", appartenait autrefois à une grande famille de La Farlède, les Chichon; elle passa dans la famille du comte et de la comtesse Colle de Toulon qui furent amis de Saint Jean Bosco, lequel vint au chevet de leur fils malade. Le comte Colle était Comte romain et Commandeur de l’Ordre de Grégoire V; sa femme, née Marie Sophie Buchet, était la fille du général baron Buchet qui devint Pair de France sous Louis-Philippe (1830-1848).

Don Bosco écrivit la biographie de leur fils, Louis Fleury Antoine COLLE (1864 - 1881), à Turin en 1882, dont sont extraits ces mots :

"Pour adoucir en quelque manière la profonde douleur que cette perte n'a pu laisser de causer à vos cœurs, j'ai eu la pensée de recueillir la trace encore vivante de ces vertus qui resplendirent d'un éclat plus vif dans votre Louis. Je me suis proposé d'en faire comme un bouquet de fleurs, …".

Louis Fleury Antoine COLLE devint le "Saint de La Farlède".

Quelques années après la disparition de la comtesse Colle, survenue en 1909, la bastide passa dans les mains de la famille Aiguier qui lui donna son nom actuel.

Louis Fleury Antoine Colle

  • Le Saint de La Farlède

Il est difficile d'évoquer cette histoire sans une certaine émotion, tant du fait de l'élévation d'âme des principaux acteurs, que par la ferveur qu'elle occasionna dans l'opinion d'alors.

Le couple de Maître Colle et de sa femme la baronne Buchet ne parvenait pas à avoir d'enfant.  Fleury Louis Antoine Colle, était avocat à Toulon comme son père, Joseph Antoine Colle; sa femme, née Sophie Buchet, était la fille du général baron Buchet, qui devint Pair de France sous Louis-Philippe (1830-1848).

 

Le 22 Septembre 1864, l'enfant tant attendu naquit dans la famille Colle, c'était Louis Fleury Antoine, qui semblait promis à un avenir brillant au vu de la situation matérielle de sa famille. Les Colle ont alors à La Farlède une bastide appelée lou castèu, le château, qui passant à la famille Aiguier, devint la bastide d'Aiguier. Don Bosco qualifie le bâtiment de "maison de campagne".

A 17 ans, le jeune Louis Colle est d'une sagesse et d'une élévation d'esprit rare; tuberculeux, l'enfant a été entrainé par des Farlédois sur les pentes du Coudon où il a pris froid. Don Bosco est de passage à Marseille en février 1881 quand le comte Colle lui dépêche de venir bénir son fils. Le prêtre fait le détour et se trouve au chevet de ce dernier le 1er mars. Le prêtre est fasciné par la candeur de l'âme du jeune homme prêt à rejoindre Dieu. Don Bosco en est "très édifié"; toutefois, considérant l'immense douleur des parents, il l'invite à demander au Seigneur la guérison.

 

Le jeune homme décède le 3 avril 1881 à 6 heures du matin. Sur cette courte période, une relation forte s'est tissée entre les deux personnages et Don Bosco, très marqué par ces évènements, écrit en 1882, en français, avec l’aide de son secrétaire Camille Henri de Barruel, la biographie de celui qu'on appellera désormais "le Saint de La Farlède".

Don Bosco dira rédiger cette biographie, s'adressant aux parents, "pour adoucir en quelque manière la profonde douleur que cette perte n'a pu laisser de causer à vos cœurs, j'ai eu la pensée de recueillir la trace encore vivante de ces vertus qui resplendirent d'un éclat plus vif dans votre Louis. Je me suis proposé d'en faire comme un bouquet de fleurs, …".

 

Les Colle étaient des bienfaiteurs particulièrement généreux, et pas seulement à La Farlède. Don Bosco aurait fait connaissance avec monsieur Colle en 1878. Cette famille a ainsi donné des sommes considérables. Sur une période de 6 années, les dons du comte permirent l'adoption d'enfants orphelins de Don Bosco, l'achat des maisons salésiennes de Mathi, de Torinese, celle de Saint-Jean l'Évangéliste à Turin, de l'Oratoire Valdocco, etc. Cet argent fut aussi employé aux missions d'Amérique ainsi qu'à terminer la construction coûteuse de l'Église et de l'Hospice du Sacré Cœur de Jésus à Rome (Basilica Sacro Cuore di Gesù). C'est suite à la demande faite par le pape Léon XIII que Don Bosco sollicita la générosité du comte Colle pour cette dernière église. Le comte finança entre-autre les trois principales cloches qui portent respectivement, son nom, ceux de sa femme et de son fils avec des inscriptions latines faites par le Saint : sur le clocher de l'église, la grande cloche porte une inscription qui rappelle que le comte Fleury Colle de Toulon était "Salesianae Congregationis benefactorum princeps", c’est-à-dire le plus grand bienfaiteur de la Congrégation salésienne; sur la deuxième cloche apparaît le nom de la comtesse Sophie Colle, appelée "caritate et pietate undequaque fulgens", soit, resplendissante de charité et de piété; sur la troisième cloche, enfin, il y a le nom de leur fils Louis, avec l'indication qu'il est mort prématurément, et qu'il était un exemple d'innocence et de sainteté. Ces inscriptions traduisent la profonde gratitude de Don Bosco pour ses bienfaiteurs.

Quel voyageur visitant la cité romaine aujourd'hui sait que cette basilique notamment existe par les faveurs de cet illustre Toulonnais et Farlédois ?

Don Bosco entretint une correspondance abondante avec les Colle qui reçurent quelques 76 lettres du Saint. Bienfaiteur des Salésiens, Maître Colle et sa femme furent fait comte et comtesse de la sainte Eglise romaine, puis Don Bosco obtint pour l'avocat le titre de Commandeur de l’Ordre de Saint Grégoire le Grand (Grégoire V).

Don Bosco soutint que Louis venait lui faire de fréquentes visites à l'occasion d'apparitions. Ces apparitions sont mentionnées par le Saint qui écrit à Madame Colle :"je suis absolument convaincu qu’il n’y entre aucune illusion. Elles sont une réalité. Tout ce que je vois est très net et conforme à l’esprit de Dieu. Louis possède sans doute le bonheur du Paradis". C'est ainsi que peu de jours après sa mort, Louis apparut à Don Bosco dans un jardin splendide, s’amusant avec d’autres adolescents, l’air radieux.

Aux obsèques du jeune Louis, de nombreux témoignages de sympathie affluèrent à La Farlède. Les journaux de l'époque font écho à de nombreux courriers de personnes désireuses de s'associer à la douleur de la famille Colle.

Sur sa tombe qu'on allait refermer, son ancien professeur, monsieur Gueit prononça des paroles qui émurent profondément l'assistance; il y avait ces mots :"Tous, plus ou moins, nous avons pleuré sur le cercueil d'un être cher; il est des peines qui s'analysent, des afflictions qui trouvent des paroles pour se traduire; mais ici la langue est impuissante pour peindre ce qu'une mère, ce qu'un père peuvent sentir : ce que c'est que la mort d'un fils, d'un unique fils..."

Le comte et la comtesse Colle restèrent les fidèles amis de Don Bosco jusqu’à leur décès, le comte précédant son épouse rejoignit son regretté fils le 1er janvier 1888, un mois précisément avant Don Bosco.

 

Service Patrimoine - Ville de La Farlède

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